Je crois en l'amour mais j'ai pas de preuves, confia une sirène par un soir de décembre.
J'ai les preuves, mais je ne crois plus en lui. Je croyais l'amour beau et tendre, sentiment de grandeur, de passion brulante. Je l'avais rencontré sur les pentes de Montmartre, je l'avais caressé sur les hanches de certaines demoiselles, immaculé et drapé de superbe il s'en allait loin de moi me laissant seul au fond de ma tristesse pathétique.
Pourtant je lui avais acheté des fleurs, j'avais même partagé ma vie avec lui, je l'ai effleuré sur les lignes tendres de certaines, et traqué dans celles superbes de mes poètes. Mais il n'est jamais resté, toujours il est reparti emportant des petits bouts de ma vie avec lui, des débris des fragments de bonheur, des morceaux qui me manquent, des images qu'il a salit, nos rêves à moitié réalisés.
Un soir après son énième départ je l'ai poursuivi, grand et fort il marchait vite au travers d'un bois obscur, des nuages gris grondaient au dessus de lui, et il protégeait tant bien que mal tout ce qu'il avait pu emporter avant de s'enfuir lâchement. J'allais me débarrasser de lui une fois pour toute.
Je l'ai rattrapé alors qu'il se protégeait de la pluie dans une grotte creusée dans du calcaire froid et rugueux.
C'est là que j'ai compris quand je l'ai vu pleurant dans son antre, recroquevillé sur lui même, son visage enlaidi par vos absences. Je l'ai vu protégeant ce minuscule tas de souvenirs qu'il nous as volés, je l'ai vu pleuré devant vos reflets dans mes yeux. Je l'ai vu nu, rachitique et paralysé par la peur, je l'ai vu prêt à risquer sa vie pour rendre hommage aux restes poussiéreux de nos erreurs.
L'amour est petit, méfiant, jaloux et possessif



